Impacts du retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)

Le Niger a annoncé lundi, dans une lettre, se retirer de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), dirigée par l’ancienne cheffe de la diplomatie rwandaise, Louise Mushikiwabo. Une démarche aussitôt entreprise par le Burkina Faso et le Mali (les trois États de l’Alliance des États du Sahel). Quels sont les impacts de ces retraits pour ces États, la francophonie et la France ?

Impacts pour les États membres concernés (Mali, Niger, Burkina Faso)

Sur le plan diplomatique et géopolitique
La dimension diplomatique et géopolitique est sans doute la plus impactée pour chacun des acteurs :
Pour les trois États, ce retrait reste dans une logique de cohérence en termes de renforcement de la souveraineté nationale. Ce retrait marque la volonté de ces pays de s’émanciper de l’influence française et de rechercher de nouveaux partenariats, notamment avec des pays comme la Russie ou la Chine. Ces trois pays représentent environ 72 millions de personnes (Mali : 23 millions en 2023, Niger : 26 millions en 2023, Burkina Faso : 23 millions en 2023). Pour l’Organisation internationale de la Francophonie, à ce titre, il s’agit en effet d’une perte importante de francophones. Par ailleurs, pour les trois pays, il s’agit de la perte d’un espace de discussion multilatérale avec plus de 80 autres pays dans le cadre de l’OIF. Ce retrait a également un impact culturel et éducatif assez conséquent. Il met fin à l’accès de ces États aux programmes d’éducation, de bourses d’études et à d’autres initiatives de la Francophonie. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso bénéficient chacun de milliers de bourses d’études pour leurs étudiants, ainsi que d’un soutien pour des initiatives éducatives, culturelles et linguistiques. L’OIF finance environ 15-20 % de ces projets pour l’Afrique de l’Ouest.

Sur le plan économique
Ce retrait s’accompagne de la fin de l’accès aux projets de développement. Les trois pays bénéficient de financements pour des projets d’infrastructures, de gouvernance et de développement social. Leur retrait prive la zone de l’AES de financements qui peuvent atteindre plusieurs millions d’euros. Bien que non exclusivement lié à l’OIF, le retrait pourrait conduire à un gel drastique des investissements français et des financements multilatéraux dans ces pays dans un avenir immédiat.

Impacts pour la Francophonie

Ce retrait est également lourd de conséquences pour la francophonie. L’organisation perdra au moins 70 millions de locuteurs, ce qui représente plus de 20 % de la population francophone mondiale. Il faut nuancer ce chiffre, car tout le monde ne parle pas le français dans ces pays. Les langues locales sont souvent les plus utilisées. Par ailleurs, la sortie de ces trois pays, des acteurs stratégiques en Afrique de l’Ouest, réduit l’influence de la Francophonie dans cette région, qui représente environ 25 % de la population francophone mondiale. Cette perte d’influence s’accompagne aussi d’une perte de leadership dans les projets multilatéraux pour la francophonie. Au niveau des projets culturels et éducatifs de la francophonie, il y a également un impact important. Ces trois pays participaient, avant les suspensions post-coups d’État, à des projets soutenus par l’OIF, avec des retombées importantes pour la diffusion du français et la coopération. Le retrait impacte environ 15 à 20 % des initiatives dans la région. La Francophonie perd une part significative de son influence dans la gestion des projets régionaux de paix et de sécurité, d’éducation et de culture.

Impacts pour la France
Sur le plan diplomatique et géopolitique
La France, via l’OIF, perd une plateforme diplomatique de poids. Les relations avec ces trois pays, partenaires historiques, sont désormais plus fragiles que jamais. Ce retrait est le signal de l’affaiblissement de la position de la France dans ces trois pays.

Impact économique
Le commerce entre la France et ces pays se chiffre à environ 1 à 3 milliards d’euros annuellement. Le retrait pourrait conduire à une réduction progressive des exportations françaises vers ces pays. Les secteurs des exportations militaires, des produits agricoles et des équipements industriels pourraient être les plus impactés, car ces pays étaient des partenaires clés dans ces domaines. Ce retrait est également un signal de la réduction prochaine du nombre d’étudiants. Environ 10 000 à 15 000 étudiants du Mali, du Niger et du Burkina Faso fréquentent chaque année les universités françaises. Le retrait pourrait entraîner une baisse de 5 à 10 % de ce flux d’étudiants.

Les impacts sont assez significatifs. Pour ces États, il s’agit d’une affirmation de leur indépendance géopolitique, mais avec une perte d’accès aux financements et aux projets de coopération multilatérale (éducation, culture, développement). Pour la Francophonie, il s’agit d’une perte d’influence dans une région stratégique d’Afrique de l’Ouest, avec la réduction du nombre de locuteurs et d’acteurs influents.
Et pour la France, il s’agit d’un affaiblissement de son influence diplomatique et géopolitique, accompagné d’une baisse probable des échanges commerciaux et des opportunités dans les secteurs éducatif et économique. En somme, ce retrait montre un réalignement géopolitique vers d’autres partenaires, particulièrement la Russie, et pourrait marquer davantage un tournant dans les relations entre les trois pays et l’Occident.