La smart City, le futur africain et enjeux

Auteurs:

Dr. Youssouph SANE, Directeur pays Sénégal Aliber Conseil, enseignant chercheur au Sénégal, auteur de « La politique de l’habitat au Sénégal : une mutation permanente », Les Cahiers d’Outre-Mer, 263 | 2013, 311-334

Jonathan WOODS, CEO Eukalypton, ancien de Rockwell International, Schlumberger et Alstom

Avec la participation de El-Anzize Ali BOANA HIDI, Directeur pays Comores Aliber Conseil, consultant en commerce international et PME et Mohamed MAIGA, Consultant sur les questions socioéconomiques de territoires

La question de la préservation des ressources naturelles se pose dans le contexte de la mondialisation consumériste et de la crise climatique qui menacent la survie même de l’Humanité. Une nouvelle prise de conscience s’instaure progressivement pour influer sur le déroulement des évènements, convaincue que le monde d’aujourd’hui, a fortioricelui de demain, ne peut pas fonctionner comme il le faisait au 20ème siècle. Les ressources s’épuisent et la Terre se réchauffe. Parce que les villes, notamment les plus grandes d’entre elles, sont les principales vecteurs du dérèglement du monde (concentration de populations, d’industries, de consommations, de production de déchets, donc globalement de pollutions), c’est sur elles, dans leurs formes et leurs contenus, qu’il faut agir pour construire un modèle viable d’établissement humain. La smart city constitue à ce titre une alternative intéressante qui pourrait contribuer à l’émergence des pays africains.

Une urbanisation accélérée et des villes millionnaires

Le développement urbain en Afrique est spectaculaire. Le continent compte actuellement près d’une centainede villes millionnaires[1] (93 exactement). Le Caire, mégapole africaine la plus peuplée, huitième au niveau mondial, recense plus de 24 millions d’habitants. Lagos, deuxième au classement africain compte environ 23 millions d’habitants, suivi de la conurbation de Gauteng (Johannesbourg-Prétoria : 14,7 millions) et de Kinshasa (12,6 millions). Alors qu’au début des années 1950-1960, le phénomène urbain était plus ou moins confidentiel selon les zones, il se généralise sur l’ensemble du continent à un rythme effréné. Tout indique que lacroissance urbaine et démographique est irréversible, les espaces urbanisés vont davantage concentrer populations, activités, infrastructures, accentuant les inégalités sociales, les problèmes d’habitat et de logement, l’insalubrité et les problèmes de santé publique, les congestions et les pollutions, le chômage et le sous-emploi, la précarité, la délinquance et la violence. En effet, selon ONU-Habitat, deux africains sur trois seront citadins en 2050, soit 60 % de la population africaine qui résidera en métropole, contre 39 % aujourd’hui.Pour éviter les situations chaotiques, il est primordial de réfléchir à de nouvelles formes d’urbanisation qui placent l’homme et son environnement au centre des préoccupations.

La smart city, l’avenir de l’Humanité ?

La smart city, autrement dit la ville intelligente, est au cœur des interrogations sur le devenir des villes. Les villes congestionnées en permanence, gagnées par la promiscuité et les pollutionsont fini de convaincre de la nécessité de construire des villes plus vivables, à taille humaine. Intelligente parce que cette ville alternative est sensée économiser l’eau, l’énergie, produire moins de déchets et les recycler, réduire le gaspillage des ressources en général, et renforcer les mobilités et les interactions spatiales et sociales, grâce notamment à l’innovation numérique, à l’intelligence artificielle, à la technologie, au développement durable, à la gouvernance participative. En somme, une ville respectueuse de l’environnement, économe en consommations (énergie, eau, espace), collaborative dans son mode de fonctionnement, et toujours à la pointe de la technologie et de l’innovation.Si cette conception de la ville nouvelle et de la ville de demain est née en Europe et aux Etats Unis, et s’est énormément développée en Asie, l’Afrique s’ouvre à cette dynamique porteuse d’espérances.En effet, soucieux de s’inscrire dans la marche de l’histoire, les Etats africains mettent de plus en plus l’économie numérique au cœur de leurs stratégies en misant sur les villes intelligentes à l’instar de la KonzaTechnology City, autrement dénommée « Silicon Savannah » de Nairobi, au Kenya, deYabaconValley de Lagos au Nigéria, de Bénin Smart City à Cotonou au Bénin, ou encore du pôle urbain de Diamniodio au Sénégal. Ces villes nouvelles regroupent entre autres, Université, centres de recherche, incubateurs pour start-up, des data centers, centres de conférence, domaines sportifs, pôles industriel et commercial, parcsadministratifs et de logements. Des milliers d’emplois sont attendus, dans un cadre de vie qui se projette sain, agréable, où la nature a toute sa place.Un changement de perspective s’amorce. L’invention de la ville du 21ème siècle se jouesous nos yeux. Celle-ci se réalisera par les hommes et les femmes de toutes conditions, pour l’Humanité, donc inclure dans son fonctionnement l’ensemble de la biosphère. Cette ville du 21ème siècle se doit d’être inclusive et solidaire. Le numérique et toutes les technologies modernes liées au digital et à l’intelligence artificielle offrent à l’Humanité une belle opportunité de renverser la tendance à la dégradation de notre écosystème. La problématique centrale pour l’Afrique est de participer pleinement et activement à l’élaboration de ce nouveau monde. Donc d’être acteur de son propre développement.De grandes villes comme Lagos, Bamako, Conakry, Dakar, Abidjan, Accra, Lomé, Cotonou, Banjul ou Bissau en Afrique de l’Ouest sont au centre de cette nécessité de transformation intelligente. C’est dans cette optique que laréflexion sur la mutation responsable des villes africaines est au cœur des enjeux ciblés par le Cabinet Aliber Conseil dans son travail d’études et de conseil auprès des collectivités territoriales.

La smart city, une ville de taille humaine avec des enjeux persistants

L’une des préoccupations principales dans les solutions « smart cities » jusqu’à récemment, a été de connecter des équipements, des objets, aux infrastructures de la ville pour mieux les gérer. Cela passe entre autres par la remontée en central des données terrain, par l’analyse de des données, par le pilotage de ces équipements et la transmission descendante. Des services comme ceux des transports publicssont aujourd’hui cogéréspar des citoyens comme acteurs-consommateurs. Dans plusieurs grandes villes et pays du monde, cette période de pandémie deCovid-19 a montrél’utilisation de nouvelles applications « smart » gérée par l’Etat, les régions, ou les municipalités pour tracker les personnes infectées, afin d’identifier les individus avec lesquels elles ont été en contact récent dans l’objectif d’assurer une prise en charge efficace. Connecter les citoyensdans des systèmes d’information, tels que les objets dans les villes,devient un enjeu davantage persistant pour les années à venir. C’est également, par ailleurs, un des grands enjeuxen perspective autour de la protection des libertés individuelles et de la vie privée.  Dans ce cadre, la ville de demain aura àrepenser sa stratégiede développement, non seulement via des services publics existants plus efficaces et performants, mais également via la connexion des citoyens, des objets et des infrastructures dans la ville. Elle se doit par conséquent de réfléchiret d’anticiper le choix du type de connectivité et des méthodesderemontées de donnéescitoyennes.Cette réflexionsera nécessaire,car il faudra expliquer les choix aux citoyens. Le Cabinet Aliber Conseil et Eukalypton accompagnent ces innovations en Afriqueen lien étroit avec les municipalités et leurs équipes dans la définitiondes besoins et dans la conception et la mise en œuvre des stratégies innovantes pour les villes.


[1]D’après les statistiques recensées par : https://www.populationdata.net/palmares/villes/afrique/

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